Une passion singulière

 

Le graveur d’émotions

Dans l’or, l’argent, le platine ou l’étain, Bruno Levêque, graveur héraldiste à Tours, inscrit avec délicatesse les figures, animaux, arabesques, chiffres ou armoiries qui donneront une personnalité unique au précieux objet ainsi travaillé. Un métier rare qui s’inscrit dans une tradition millénaire.

 

« Perseverando fit optimus ». C’est en persévérant que l’on devient meilleur. C’est la noble devise de Bruno Levêque, graveur héraldiste à Tours. L’un des tous derniers héritiers d’une tradition ancestrale qui remonte au XIIème siècle, lorsque les chevaliers arboraient leurs blasons sur les champs de bataille pour être reconnus des fantassins.

« En réalité, l’origine de notre métier est encore plus ancienne. La gravure, en fait, remonte à la préhistoire, au désir primitif de l’homme d’agir sur la matière pour laisser une trace. C’est quelque chose de viscéral… », explique cet ancien graveur en orfèvrerie chez Christofle, la célèbre maison parisienne synonyme de luxe et d’élégance partout dans le monde.

Comprendre l’histoire des familles

Diplômé de la prestigieuse école Boulle, Meilleur Ouvrier de France, Bruno Levêque dirige son propre atelier à Tours depuis 1985. Aujourd’hui, « L’Echoppe » jouit d’une belle renommée qui dépasse largement les frontières régionales. Réputé pour l’extraordinaire finesse de ses réalisations, l’artisan tourangeau cultive dévoile un aspect méconnu de son travail.

« Il ne s’agit pas seulement d’intervenir à la main sur un bijou ou un objet pour y reproduire des armoiries ou un symbole. Avant d’en arriver là, je dois comprendre les valeurs de la famille, se valeurs, son histoire… C’est à travers cette relation très personnelle que je peux mieux comprendre les attentes de mon client, sa motivation profonde », confie Bruno Levêque.

Avec sa petite équipe, le patron de l’Echoppe s’appuie sur un réseau de revendeurs (bijoutiers, joailliers…) et de particuliers pour commercialiser ses services. «Nous intervenons en qualité de prestataires par l’intermédiaire de nos partenaires. Ils nous adressent le bijou ou la pièce à personnaliser de manière artisanale. Tout est fait à la main. Notre travail est très différents des interventions faites à la machine de manière standardisée. Chez nous, chaque pièce est unique, en lien intime avec l’histoire de la famille, ses valeurs, ses symboles… ».

De la médaille à la chevalière, du couvert d’enfant à la ménagère, cet artisan de génie joue avec les reflets du métal, les volumes concaves ou convexes, les ombres et les lumières pour apprivoiser la matière et y faire naître ses créations.

Former les jeunes au métier

Dépositaire d’un savoir-faire menacé de disparition – il ne reste plus qu’une douzaine de graveurs à la main en France -, Bruno Levêque forme tous ses collaborateurs au métier.

Grâce à lui, cinq nouveaux graveurs ont déjà rejoint la profession. Mais il déplore le manque d’investissement de certains de ses confrères en matière de formation des jeunes. « J’estime que nous avons une responsabilité morale qui est de transmettre notre savoir-faire, d’initier les jeunes à notre métier. Travailler seul en se moquant de sa perpétuation est criminel ! Il y va de la survie même de notre profession… C’est d’autant plus regrettable que le marché existe bien et que l’activité, à mon sens, a encore un bel avenir devant elle. Même si la conjoncture est parfois difficile, même si la gestion du personnel et même le recrutement d’apprentis peuvent être vécus par certains comme une contrainte, rien ne peut justifier de priver les générations futures de notre métier. Nous devons le partager avec les jeunes, leur communiquer l’envie de le pratiquer, assurer la pérennité de nos entreprises, de notre art ancestral », clame, avec passion, Bruno Levêque. Sera-t-il entendu ?

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